Toujours plus fort

Vous avez fort déjà probablement remarqué qu’il y a une différence plus que significative entre le niveau de volume d’un de vos vieux CD d’il y a vingt ans et d’un de vos plus récents.  Pour ma part, ce phénomène m’a frappé (pour ne pas dire dérangé) pour la première fois il y a quelques années, en 2009, alors que j’eusse acheté « Big Whiskey and the Groo Grux King » du fort agréable Dave Matthews band.  La différence de niveau de volume entre cet album et mon favoris, « Crash », était telle que j’ai eu énormément de difficulté à même écouter les mélodies, trop estomaqué de ne plus reconnaître le son folk de ce groupe qui en avait pourtant fait sa marque de commerce.  La compression, cet allié nécessaire qui peut devenir le pire ennemi du mélomane, est à la base de ce phénomène et touche la majorité des formations musicales commerciales.

Rapidement et de façon vulgarisée, le compresseur est un outil « clé » et essentiel d’un mixage audio.  Il a comme fonction de ramener le volume d’une ou de plusieurs fréquences à un point qu’on lui dicte lorsqu’il sort d’une zone qu’on définit.  Par exemple, c’est grâce à cet engin qu’un chanteur pourra crier ou chuchoter tout en restant à un volume relativement stable.  Lors d’une forte envolée de notre chanteur, la machine écrase la fréquence pour l’égaliser avec les autres.  C’est donc notre compresseur (entre autres) qui fait que vous n’avez pas à ajuster constamment votre volume en écoutant une chanson et qui fait paraitre les instruments comme étant à un volume égal les uns des autres, ce qui est une illusion et qui n’est absolument pas représentatif de la réalité.

Mais, quand on compresse un instrument, on réduit aussi le volume général qui en est généré étant donné que les sommets audio sont atténués.  Il faut donc, pour compenser la baisse de décibels ainsi effectuée, augmenter le volume de l’instrument pour le ramener à une « force » comparable à ce qu’il était avant la compression.  Et ainsi de suite pour chaque instrument.  Et ainsi de suite pour toutes les pistes enregistrées dans le mix.

Tout ça va très bien jusqu’au moment où un producteur assoiffé de succès et de dollars comprend qu’il pourra peut-être attirer votre attention si le disque de sa vedette est juste un peu plus fort que le reste de votre cédéthèque.  Et l’être humain étant ce qu’il est, plus c’est fort, mieux c’est.  Les gens qui fréquentent les salles de cinéma rénovées comprennent ce que je veux dire : on pousse le volume jusqu’à la limite de ce qui est endurable et on aime ça.  Et un moment donné, tout le monde comprend la stratégie et tout le monde veut que son artiste sonne plus fort.

Alors, allons-y!  Il ne suffit que de compresser au maximum le mixage final pour ensuite augmenter le volume général.  Plus fort encore?  Allez, on compresse encore un peu et on augmente.

Le gros problème pour l’amateur de son et de musique, c’est que plus le volume est fort, moins il y a de textures subtilement audibles et moins la variation dynamique est possible.  Pour reprendre mon exemple du Dave Matthews band nommé plus haut, et bien c’est exactement de cette façon que la production, avare de sensations fortes, a tué la sonorité folk unique de cette formation.  Quand le violon percute aussi intensément que la grosse caisse ou lorsqu’une seule corde de guitare acoustique se bat avec une cymbale, c’est que la compression est appliquée à une fonction qui dépasse son rôle initial d’égalisation.  On veut vous percuter.  On n’entend plus la résonnance du bois de la caisse de la guitare ou du violon.  On n’entend plus la résonnance des chaînes de la caisse claire qui s’infiltre subtilement dans un micro dédié à une autre partie de la batterie.  On n’entend plus les soupirs et les respirations du chanteur.  Eh bien non, il aura fallu couper toutes ces sonorités qui deviendraient bien trop envahissantes si l’on en augmentait le volume.  En fin de compte, on a l’impression d’entendre des sons provenant de différents instruments traités par des machines.  L’impression d’écouter un groupe, une formation de personnes agissant sur un instrument de musique, est fortement diminuée.

Mais le marché, c’est le marché et la vente, c’est la vente.

En contre-exemple, si l’on veut vivre l’expérience inverse, il faudra nécessairement se tourner vers un enregistrement de musique classique pour apprécier ce que la montagne russe de la dynamique peut nous apporter comme émotions.  À plusieurs dizaines de musiciens sur une scène qui exploitent des intensités qui varient au gré des secondes, ces gens-là n’ont visiblement pas besoin de compresseur, chacun sur leur instrument.  Une question de talent, fort probablement.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s